1ère PARTIE : (דיני אבל )

1ère PARTIE : (דיני אבל )

DEFINITION DE L’ENDEUILLE
LE DEVOIR DE SE METTRE EN DEUIL
LES LIMITES DE CE DEVOIR

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1. Il s’agit par cette question de se demander, une fois la personne décédée, lesquels parmi ses proches seront appelés en-deuillés, et à ce titre tenus de respecter les règles du deuil.re.

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En l’absence de source directe dans la Torah, nos Sages ont recouru à une référence indirecte. Ils se sont fondés sur les règles d’impureté du Cohen. La Torah mentionne en effet les seules personnes décédées dont le Cohen doit prendre soin et de ce fait se rendre impur par contact ou même en s’approchant d’eux.

A ce propos, la règle suivante est définie par la Torah.

(Lévitique 21: 1-2 et 3) : ( ויאמר ה׳ אל משה אמור אל הכהנים בני אהרון ואמרת אלהם לנפש אל יטמא בעמיו כי אם לשארו הקרב אליו לאמו לאביו ולבנו ולבתו ולאחיו ולאהתו הבתולה הקרובה אליו אשר לא היתה לאיש לה יטמא. )

”L’Eternel dit à Moïse : Parle aux Cohens (prêtres), fils d’Aaron et dis-leur : Nul (d’entre vous) ne doit se rendre impur à cause de son peuple, si ce n’est pour sa parenté la plus proche ; pour sa mère ou son père, pour son fils ou sa fille, ou pour son frère ; pour sa soeur aussi, si elle est vierge, proche de lui, et n’a pas encore apppartenu à un homme ; pour elle il se rendra impur”.

Dans ces versets se trouvent définis les sept proches pour lesquels le Cohen doit se rendre impur et bien sûr prendre le deuil s’ils décèdent. Apparemment ces proches sont au nombre de six, mais il faut rajouter l’épouse introduite par l’expression : ”sa parenté la plus proche”.

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Mais si ces versets viennent répondre à la question : ”Pour qui le Cohen se rend-il impur ?” ; ils n’apportent pas de réponse à la question primordiale que nous posions dans l’intro-duction : ”De qui tout juif non Cohen doit-il prendre le deuil ?”.

A ce sujet, nos Sages ont dégagé la règle essentielle suivante (Traité Moëd Katan. p. 20b et Choulhan Aroukh. Yoré Déa. Chap. 874~4) • ”L’on est tenu de porter le deuil de tous ceux pour lesquels le Cohen doit se rendre impur”. Issue de la Torah, cette obligation a valeur de commandement de la Torah. Mais à ces sept proches, nos Sages ont rajouté d’ordre rabbinique le devoir de porter le deuil du frère et de la soeur mariée ou non, tous deux du côté maternel, ainsi que de la soeur mariée du côté paternel. (Choulhan Aroukh. Yoré Déa. Ibid). Pour ces trois derniers proches introduits seulement par ordre rabbinique, le Cohen suivra certes les règles du deuil. Mais il ne se rendra pas impur pour eux alors que tout autre juif devra lui s’impurifier à leur décès. Mais qu’appelle-t-on s’impurifier ?.

Nous étudierons en détail cette question dans la partie relative au Cohen ; mais qu’il suffise ici de savoir que l’impureté inhérente à tout mort se transmet de trois manières : En le touchant, en se trouvant dans le même lieu que lui si ce lieu est couvert, et en le portant.

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Grâce à la règle dégagée par nos Sages, nous pouvons à présent répondre à la question essentielle que nous nous posions : ”De qui porte-t-on le deuil ?”. L’on est tenu de prendre le deuil pour sept parents : le père, la mère, le fils, la fille, le frère et la soeur mariée ou non, ces deux derniers tant du côté paternel que maternel. Bien entendu, les femmes, tout autant que les hommes sont astreintes à porter le deuil.

De plus, l’époux prendra le deuil pour sa femme et la femme prendra le deuil pour son mari. Cette liste est somme toute assez limitée.

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L’on pourrait s’étonner de ne pas y trouver des personnes très proches comme le beau-père, la belle-mère, la belle-soeur, le beau-frère ; alors que le conjoint prend le deuil pour eux. Pour lui, en effet, il s’agit du père, de la mère, des frère et soeur. Pourquoi aussi ne pas prendre le deuil du grand-père ou du petit-fils ?.

Le Choulhan Aroukh (Yoré Déa. Chap. 374-6) prévoit bien que l’on prend le deuil de ses beaux-parents en présence de son conjoint afin de lui témoigner sa sympathie. Mais le Rama fait remarquer qu’il s’agirait alors d’une marque de respect envers des vivants et non envers les défunts. Or les règles de deuil ont, comme nous l’avons vu dans notre introduction, pour axiome de base de rendre hommage aux disparus et non aux survivants. De ce fait porter le deuil de ses beaux-parents reviendrait à enfreindre cet axiome. De nos jours, il est admis conformément à l’avis du Rama que le port du deuil ne se justifie que pour les sept parents énumérés ci-dessus. (Rav Ovadia Yosef. Yabia Orner. Livre 4■ Chap. S5-9).

Lié à eux par des liens du sang au premier degré, l’endeuillé est directement atteint par leur disparition et n’agit point surtout par respect pour un tiers comme dans le cas des parentés au second degré ou par alliance.

Cette même raison nous permet de comprendre pourquoi un petit- fils est dispensé de prendre le deuil de son grand-père ainsi qu’un neveu pour son oncle et réciproquement, ou même deux fiancés entre eux.

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Cet avis du Rama constitue un tempérament à la règle suivante édictée dans le Choulhan Aroukh : ”L’on se joint au deuil porté par quelqu’un dont on prendrait le deuil”. (Yoré Déa. Chap. 374-6).

Selon le Choulhan Aroukh en effet, le gendre devrait se joindre au deuil porté par sa femme lors du décès de son père (à elle), puisqu’il est tenu de prendre le deuil pour sa femme.

Pourquoi alors privilégier l’opinion du Rama ? C’est qu’en matière de deuil prévaut un principe fondamental que nous retrouverons tout au long de notre ouvrage :

”Quand il y a divergence d’opinions en matière de deuil, l’on suit celle du Sage le moins rigoureux” ( הלכה כדברי המקל באבל ).

En l’occurrence l’opinion du Rama est suivie puisque, plus tolérante elle dispense du deuil.

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Toutefois cette dispense ne donne pas licence pour agir comme s’il n’y avait pas eu de deuil familial.

En présence des endeuillés, le dispensé gardera une attitude réservée et contrite de circonstance.

Dans certaines communautés achkénazes, il est d’usage d’observer la première semaine suivant le décès et jusqu’après Chabbat, un deuil partiel pour des parents autres que les sept déjà cités :

L’on s’abstient de s’arranger les cheveux, d’aller au restau-rant, de participer à des fêtes et même de se laver à l’eau chaude. (Rav Ganzfried. Kitsour Choulhan Aroukh. Chap. 203-2.).
CONCLUSION :
L’axiome de base : ”le deuil est un hommage rendu au disparu et non à ses survivants” nous a permis de définir qui est tenu du deuil.

Il nous fera aussi comprendre pourquoi dans certains cas l’on ne prend pas le deuil, même pour des personnes figurant parmi les sept proches déjà cités. Ce sera l’objet de notre deuxième chapitre.